ChatGPT et divorce : ce que les tribunaux québécois en disent - Azran Avocats
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ChatGPT et divorce au Québec : pourquoi l’intelligence artificielle ne remplace pas un avocat

De plus en plus de Québécois se tournent vers ChatGPT pour obtenir des réponses rapides sur leur divorce. Calcul de la pension alimentaire, partage du patrimoine familial, garde des enfants — l’intelligence artificielle semble offrir un raccourci tentant. Mais attention : utiliser ChatGPT pour votre divorce comporte des risques juridiques sérieux que la plupart des gens ignorent. Ce que vous écrivez à ChatGPT pourrait même se retrouver devant un juge.

Ce que ChatGPT peut et ne peut pas faire en matière de divorce

ChatGPT est un outil d’intelligence artificielle générative. Il génère des réponses en prédisant les mots les plus probables à la suite d’une question, en se basant sur des millions de textes ingérés lors de son entraînement. Il ne raisonne pas juridiquement. Il ne connaît pas votre dossier. Il ne vérifie pas ses sources.

En matière de droit familial québécois, cela pose plusieurs problèmes concrets. Le Code civil du Québec, la Loi sur le divorce fédérale et la jurisprudence de la Cour supérieure du Québec évoluent constamment. ChatGPT n’a pas accès aux décisions rendues après sa date de coupure de connaissances et ne peut pas appliquer les critères spécifiques que les juges utilisent pour trancher un litige familial.

Par exemple, le calcul de la pension alimentaire pour enfants repose sur le modèle québécois de fixation des pensions alimentaires, un formulaire précis qui tient compte des revenus des deux parents, du temps de garde et de frais particuliers. ChatGPT ne peut pas remplir ce formulaire correctement à votre place. Pire encore, il peut vous donner un montant totalement erroné — et vous pourriez baser votre négociation sur un chiffre faux.

Vos conversations avec ChatGPT ne sont pas confidentielles

Contrairement à ce que beaucoup croient, vos échanges avec ChatGPT ne bénéficient d’aucune protection juridique. Le secret professionnel avocat-client ne s’applique pas à une conversation avec un robot. Cela signifie que tout ce que vous écrivez à ChatGPT — vos revenus, vos actifs cachés, vos frustrations envers votre conjoint, vos stratégies — pourrait potentiellement être divulgué.

OpenAI conserve vos conversations pour améliorer ses modèles, sauf si vous désactivez manuellement cette option. Dans le cadre d’un divorce litigieux, la partie adverse pourrait théoriquement demander la communication de ces données. Imaginez que votre ex-conjoint découvre que vous avez demandé à ChatGPT comment dissimuler des revenus ou minimiser vos actifs — cette information pourrait être dévastatrice devant un juge.

Les « hallucinations » de l’IA : des jugements inventés de toutes pièces

L’un des risques les plus documentés de ChatGPT est sa tendance à inventer des références juridiques qui n’existent pas. On appelle ce phénomène les « hallucinations » de l’intelligence artificielle. L’outil génère des noms de jugements, des numéros de dossier et même des citations de juges qui semblent parfaitement crédibles — mais qui sont entièrement fictifs.

Ce n’est pas un risque théorique. Plusieurs tribunaux au Canada et ailleurs ont déjà sanctionné des justiciables et des avocats qui ont déposé des documents contenant des références juridiques inventées par ChatGPT.

Specter Aviation c. Laprade (2025) — Cour supérieure du Québec

Dans cette décision marquante rendue le 1er octobre 2025, la Cour supérieure du Québec a imposé une pénalité de 5 000 $ à un justiciable non représenté qui avait utilisé l’intelligence artificielle pour préparer ses procédures judiciaires. Le contenu généré par l’IA contenait de multiples références juridiques fictives et de la jurisprudence fabriquée. Le tribunal a conclu que cette conduite constituait un manquement substantiel aux règles de procédure. La Cour n’a pas condamné l’utilisation de l’IA en soi, mais a insisté sur le fait que la prudence et la vérification humaine sont essentielles à chaque étape.

Mata c. Avianca (2023) — Tribunal fédéral de New York

Cette affaire américaine a fait le tour du monde. Deux avocats ont utilisé ChatGPT pour rédiger une requête judiciaire dans un dossier de blessures corporelles. L’IA a inventé six décisions judiciaires complètement fictives, avec de fausses citations et des références internes. Lorsque les avocats de la partie adverse ont voulu vérifier ces jugements, ils ont découvert qu’aucun n’existait. Le juge a imposé une amende de 5 000 $ aux avocats et a qualifié leur conduite de mauvaise foi.

Zhang c. Chen (2024) — Cour suprême de la Colombie-Britannique

Un avocat de la Colombie-Britannique a été réprimandé pour avoir inclus deux « hallucinations » générées par ChatGPT dans une demande judiciaire. Bien que le juge ait conclu que l’avocat n’avait pas eu l’intention de tromper le tribunal, il a été condamné à payer personnellement les frais de justice. Cette décision est l’une des premières au Canada où des précédents inventés par ChatGPT ont été identifiés dans un dossier judiciaire.

Ko c. Li (2025) — Cour supérieure de l’Ontario

Dans un dossier touchant le droit familial et successoral, un mémoire juridique contenait de la jurisprudence fictive vraisemblablement générée par l’intelligence artificielle. Le tribunal a clairement affirmé que les avocats ont le devoir d’assurer une vérification humaine de tout matériel préparé par une technologie non humaine, incluant l’intelligence artificielle générative.

La Cour supérieure du Québec met en garde la communauté juridique

Le 24 octobre 2023, la Cour supérieure du Québec a émis un avis formel à la communauté juridique concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle. Le tribunal a rappelé que toutes les prétentions juridiques doivent être appuyées par des sources fiables et faisant autorité. Cet avis s’adresse autant aux avocats qu’aux justiciables qui se représentent seuls.

En septembre 2025, la Cour supérieure a également publié un cadre de gouvernance sur l’intelligence artificielle, renforçant ses attentes en matière de transparence et de rigueur dans l’utilisation de ces outils.

Le Barreau du Québec a aussi émis des mises en garde claires. En vertu de l’article 128 de la Loi sur le Barreau, seul un avocat peut fournir un avis juridique personnalisé. ChatGPT peut offrir de l’information juridique générale, mais il ne peut pas vous conseiller sur votre situation particulière — et la distinction est importante.

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Les risques spécifiques au divorce et au droit familial

Le droit de la famille est un domaine particulièrement mal adapté à l’intelligence artificielle, et ce pour plusieurs raisons.

Premièrement, chaque situation familiale est unique. Le partage du patrimoine familial, la détermination de la prestation compensatoire, l’attribution de la garde des enfants — chacun de ces éléments dépend d’un ensemble complexe de facteurs que seul un professionnel peut évaluer correctement. ChatGPT produit des réponses génériques qui ne tiennent pas compte de vos circonstances particulières.

Deuxièmement, l’intelligence artificielle ne peut pas détecter les situations de violence conjugale, les déséquilibres de pouvoir entre les parties, ni les enjeux liés à la protection des enfants. Un avocat spécialisé en droit familial est formé pour repérer ces situations et adapter sa stratégie en conséquence. ChatGPT n’a tout simplement pas cette capacité.

Troisièmement, utiliser ChatGPT pour rédiger des messages à votre ex-conjoint peut aggraver le conflit plutôt que le résoudre. Les réponses générées par l’IA sont souvent impersonnelles, parfois maladroites, et peuvent être perçues comme provocatrices dans un contexte émotionnellement chargé. Dans un dossier de garde d’enfants, le ton de vos communications est scruté par le tribunal — des messages visiblement rédigés par une machine pourraient nuire à votre crédibilité.

Que faire si vous avez déjà utilisé ChatGPT pour votre divorce ?

Si vous avez déjà partagé des informations sensibles avec ChatGPT dans le cadre de votre divorce, voici les étapes recommandées. Désactivez l’historique des conversations dans les paramètres d’OpenAI pour éviter que vos données soient utilisées pour l’entraînement du modèle. Ne soumettez jamais un document généré par ChatGPT à un tribunal sans qu’un avocat l’ait vérifié au préalable. Informez votre avocat que vous avez utilisé l’IA — cette transparence lui permettra d’évaluer les risques potentiels pour votre dossier.

Surtout, ne prenez aucune décision importante basée uniquement sur les réponses de ChatGPT. Le calcul de la pension alimentaire, le partage des biens, les modalités de garde — ces éléments auront un impact direct sur votre vie et celle de vos enfants pendant des années.

L’intelligence artificielle est un outil, pas un avocat

ChatGPT peut être utile pour s’informer de manière générale sur le processus de divorce au Québec. Il peut vous aider à comprendre certains concepts juridiques de base, à préparer des questions pour votre consultation avec un avocat, ou à organiser vos idées. Mais il ne remplace en aucun cas un avis juridique professionnel.

Les tribunaux québécois et canadiens envoient un message clair : l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les procédures judiciaires est permise, mais elle exige une vérification humaine rigoureuse. Les sanctions financières imposées dans les affaires Specter Aviation, Mata c. Avianca, Zhang c. Chen et Ko c. Li démontrent que les conséquences d’un usage imprudent sont bien réelles.

Il est également important de noter que les lois en matière de droit familial varient considérablement d’une province à l’autre au Canada. Le Québec possède son propre Code civil, distinct du common law qui s’applique dans le reste du pays. ChatGPT ne fait pas toujours cette distinction et peut vous fournir des informations basées sur le droit ontarien ou américain sans vous en aviser. Un conseil juridique erroné en raison de la mauvaise juridiction pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur l’issue de votre dossier.

De plus, les algorithmes d’intelligence artificielle ne comprennent pas les nuances de la négociation en droit familial. Un bon avocat sait quand faire des concessions stratégiques, quand insister sur certains points et comment structurer une entente qui protège vos intérêts à long terme. ChatGPT vous donne une réponse statique, déconnectée de la dynamique réelle de votre dossier et des pratiques des tribunaux québécois.

Avant de confier votre divorce à un robot, consultez un avocat. Votre situation mérite une analyse humaine, personnalisée et protégée par le secret professionnel — quelque chose que ChatGPT ne pourra jamais offrir.

Consulter un avocat spécialisé en droit familial

Vous traversez un divorce ou une séparation au Québec ? Ne laissez pas l’intelligence artificielle prendre des décisions qui affecteront votre avenir et celui de vos enfants. Chez Azran Avocats, nos avocats spécialisés en droit familial comprennent les réalités du divorce au Québec et peuvent vous accompagner à chaque étape du processus. Que vous ayez des questions sur la pension alimentaire, le partage du patrimoine familial, la garde des enfants ou toute autre question liée à votre séparation, nous sommes là pour vous aider.

Contactez-nous dès aujourd’hui pour une consultation. Un avis juridique professionnel pourrait vous éviter des erreurs coûteuses — et des surprises désagréables devant le tribunal.