Quand la justice devient une arme : la Cour supérieure reconnaît la violence judiciaire - Azran Avocats
Azran Avocats Droit familial

La Cour supérieure vient de franchir une étape importante en droit de la famille : elle reconnaît désormais explicitement la notion de violence judiciaire et en précise les conséquences concrètes. Me Gabrielle Azran, avocate senior chez Azran Avocats, met en lumière la portée de cette décision qui pourrait transformer la manière dont les tribunaux appréhendent les abus procéduraux.

Dans le dossier en question, rien ne laissait présager un litige complexe : un divorce ordinaire, une audition par défaut, aucun enjeu juridique inhabituel. Pourtant, le Tribunal a dû rendre plus de vingt-quatre décisions en cours d’instance, gérer un dossier d’une lourdeur exceptionnelle et composer avec un conflit qui s’est étiré sur plus de deux ans.

Le contraste est frappant. Pour la Cour, une seule explication s’impose : la stratégie procédurale d’une partie, qui a utilisé le système judiciaire de façon excessive et déraisonnable.

Une reconnaissance formelle de la violence judiciaire

L’apport majeur du jugement réside dans la qualification claire d’un phénomène que les praticiens observent depuis longtemps. Le Tribunal ne se limite pas à parler d’abus de procédure : il identifie une dynamique plus large, celle de la violence judiciaire, qu’il décrit comme :

« l’utilisation du processus judiciaire pour nuire, maintenir un contrôle ou épuiser financièrement l’autre partie ».

Cette définition donne enfin un cadre juridique structuré à une réalité souvent difficile à nommer. Le jugement énumère d’ailleurs plusieurs indicateurs permettant de reconnaître cette forme de violence :

  • multiplication de requêtes infondées ou dilatoires
  • acharnement procédural sans justification valable
  • non-respect répété des ordonnances
  • dissimulation d’informations essentielles, notamment financières
  • judiciarisation excessive de chaque étape du dossier

Dans cette affaire, la Cour conclut que ces comportements dépassent largement les tensions habituelles d’un litige familial et constituent un abus manifeste s’inscrivant dans une dynamique de violence judiciaire.

Des effets concrets sur l’issue du litige

L’autre élément marquant du jugement est que la violence judiciaire ne se limite pas à une sanction procédurale. Elle influence directement les conclusions du Tribunal.

Ainsi, la conduite fautive a eu un impact sur :

  • le partage du patrimoine familial, où le principe d’égalité a été écarté
  • l’analyse de la preuve financière
  • l’imputation de revenus
  • l’octroi de condamnations monétaires

Le Tribunal rappelle également que l’abus de procédure peut ouvrir la porte à :

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  • des dommages compensatoires
  • des dommages moraux
  • des dommages punitifs

La violence judiciaire devient donc un véritable fondement de responsabilité civile dans un contexte matrimonial.

Un message fort envoyé par les tribunaux

Cette décision s’inscrit dans une évolution plus large : la reconnaissance que la violence en contexte familial peut aussi s’exercer par le biais du système judiciaire lui-même. Elle peut prendre la forme :

  • d’un contrôle procédural
  • d’un épuisement financier
  • d’une instrumentalisation stratégique des tribunaux

En affirmant clairement cette réalité, la Cour rappelle que le processus judiciaire ne peut être détourné de sa finalité sans conséquences.

Pour les praticiens, cette décision offre désormais :

  • un vocabulaire juridique précis
  • des critères concrets pour démontrer la violence judiciaire
  • des recours financiers tangibles pour en réparer les effets

La lecture du jugement s’avère particulièrement enrichissante, tant sur le plan conceptuel que pratique. Elle marque une avancée importante dans la compréhension des abus procéduraux et de leurs impacts réels.

Un rappel du rôle fondamental de l’avocat

Ce dossier illustre aussi les situations où certains avocats choisissent de se retirer pour éviter les pressions, les menaces ou l’acharnement procédural. Dans cette affaire, un tel retrait aurait pu sembler compréhensible. Pourtant, le jugement rappelle indirectement que l’acceptation d’un mandat implique un engagement jusqu’au bout, malgré les difficultés.

C’est précisément dans ces dossiers exigeants que le serment de l’avocat prend tout son sens.


Lien vers la décision : consulter le jugement

Pour en savoir plus : article original publié sur Droit-inc